QU’ATTENDENT LA FRANCE ET L’UNION EUROPÉENNE POUR DÉCLARER ERDOGAN HORS-LA-LOI ?

Mustafa Kemal, plus connu sous le nom d’Atatürk (père de la Turquie) doit se retourner dans sa tombe. Son pays, la Turquie moderne, qu’il avait arrachée à l’empire ottoman décadent, en la modernisant, est redevenu, par la décision d’un homme, à un régime où les libertés fondamentales sont bafouées.

Élu démocratiquement Président de la Turquie, Recep Tayyip Erdoğan a, dès le début de son mandat, manifesté ses tendances autoritaires et mégalomaniaques :

Dans un pays où le niveau de vie reste modeste, il s’est fait construire un immense palais dont on ne voit pas très bien à quoi il peut servir, sinon à inscrire son auteur dans la liste innombrable de ceux qui pensent que les bâtiments qu’ils construisent leur assurent une place dans l’histoire.

Assuré d’une majorité relative au parlement turc, il n’a eu de cesse de le dissoudre pour s’assurer une majorité absolue afin d’avoir les mains libres. Cette manœuvre a réussi. Il a les mains libres. Mais comment a-t-il utilisé son pouvoir ?

  • Sous prétexte d’hostilité vis-à-vis du dictateur syrien Bachar el-Assad, il a distribué un nombre considérable d’armes, sans distinguer l’opposition modérée (armée syrienne libre) et les milices AlQaïda ou de Daesh
  • Il a laissé entrer en Syrie et en Irak des milliers de combattants, venant du monde entier et principalement d’Europe, qui ont contribué à l’effroyable massacre perpétré en Syrie et en Irak
  • Loin de participer à la lutte contre les djihadistes, il a préféré bombarder les villes turques peuplées majoritairement de kurdes et les villes reconquises par ceux-ci sur les djihadistes, en Syrie et en Irak.
  • Il a faussement attribué au PKK (organisation autonomiste kurde) des attentats commis en Turquie et dont il est aujourd’hui avéré qu’ils étaient l’œuvre de Daeh
  • Il a profité d’une tentative avortée de coup d’état militaire pour se livrer à une répression sans précédent : 150 000 fonctionnaires ont été révoqués pour moitié des enseignants dont le seul « crime » était d’adhérer à un syndicat de gauche. Il a arrêté plus de 40 000 personnes, militaires ou civils, sans qu’aucun acte d’accusation n’ait été émis et, comble du tout, il a fait voter, par un parlement à sa botte, la levée de l’immunité parlementaire de 138 parlementaires, arrêtant aussitôt et faisant emprisonner des dizaines d’élus du parti démocratique des peuples dont Selahattin Demirtas, avocat internationalement connu pour la défense des Droits de l’Homme et plusieurs maires de villes où la populations est majoritairement kurde.

Recep Tayyip Erdoğan ne lutte ni pour la démocratie ni pour la paix dans le monde. S’agissant des malheureux réfugiés des pays en guerre, dont il arme une partie des belligérants, il a exercé un chantage sur l’Union Européenne pour que ces réfugiés soient, à prix d’or, hébergés provisoirement en Turquie. Sur le théâtre des opérations, il se positionne comme un « gendarme » anti kurdes, comme si les kurdes étaient à l’origine de l’effroyable chaos du Moyen-Orient !

Fasse que la communauté internationale, oubliant un instant les intérêts économiques des grandes puissances en Turquie, barre la route à un homme qui menace les Droits de l’Homme et la démocratie dans une région qui en a tant besoin.

Pierre GABORIT